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L'Empreinte, scène nationale Brive-Tulle

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Photo Olivier Soulié

Sylvain Creuzevault

metteur en scène, les Abattoirs d’Eymoutiers et le groupe Ajedtes Erod


Dans un train Brive/Marseille,
Le samedi 6 juillet 2019 –
Température extérieure: 38°
Panne de la climatisation en voiture 9,
où j’ai la place 97.
Cerveau en feu / humeur bouillante.


 

Bonjour à toutes et tous,

Bon, beaucoup à dire. D’abord, merci pour l’accueil que vous avez réservé la saison dernière à nos différentes pièces : Les Tourmentes à Tulle, Les Démons, ensuite, à Brive, de chaleureux applaudissements, une grosse ambiance ; et enfin Banquet Capital. C’est formidable, ce n’est qu’un début.

Je suis convaincu que les troupes ont besoin de jouer et rejouer devant des spectateurs d’une même ville, d’un même théâtre, et qu’avec le temps des rendez-vous une confiance se tisse. Le travail artistique d’une troupe se révèle au contact de spectateurs qui la connaissent, la suivent, la soutiennent, et lui donnent en quelque sorte… sa base sociale. Car après tout, à quoi ça sert une troupe de théâtre ? Ça sert à ça, être avec ses spectateurs dans un pacte artistique vénère (énervé à l’envers !) qui offre à une société la possibilité de se retrouver mouvementée et questionnée. Au fond, nous regardons au travers des pièces de théâtre comme un physicien regarde à travers une lentille : comment une société ça se meut, ça se meurt, comment ça s’en joue, s’en réjouit, comment ça combat, ça rit et ça s’aime, comment on se dépatouille des penchants morbides pour le pire.

Bon, alors, évidemment, là ça vient d’un cerveau perturbé par ce nouveau régime d’insolation perpétuelle, dans un tuyau de ferrailles travaillées par 40 °C et fusant à 280 km/h, à l’intérieur d’une serre géante appelée planète Terre, et à un moment où tout le monde s’énerve en se balançant des prédictions plus ou moins catastrophiques pour décrire le genre d’enfer que sera le proche avenir… Ouais… Y’aurait de quoi écrire tout un petit roman noir et spectaculaire, bien inquiétant, mais malheureusement, nous ne faisons pas partie de ce genre de groupes qui hurlent que tous les porcs ont la grippe pour vendre de la fièvre. Enfin, on verra, mais disons que le théâtre pour moi, j’entends le théâtre subventionné par l’État et les collectivités territoriales, ça devrait être une sorte de virus actif dont une forme sociale particulière se dote afin qu’une partie de ses membres, ici disons les artistes, lui présente régulièrement son propre visage de mort pour s’enseigner elle-même. Une société à laquelle les créateurs rendraient artistement une forme de vérité(s).

La singularité du théâtre, lorsqu’il est difficile et populaire à la fois, lorsqu’il divertit et éduque à la fois, lorsqu’il est brechtien et tout le reste à la fois, lorsqu’il est catégorique et allégorique, c’est qu’il fabrique des vérité(s) par le jeu et qu’il les fabrique comme des grimaces… Les vérités grimacent parce que le théâtre leur tire les cheveux. Et alors qu’on les pensait sages, elles se mettent à danser ! Vous voulez mon avis ? Le sérieux au théâtre est la véritable catastrophe. Le théâtre vous regarde en face. Et si vous prenez la peine de le regarder en face, vous redevenez furtifs, fluides, liquides, souples, protéiformes, dansant, jouant, sautant, virevoltant. Après le théâtre, vous pouvez tout redevenir.

Tout le monde déteste Dostoïevski, octobre 2019
Nous présenterons les ateliers amateurs ouverts dans plusieurs villes. Un groupe, composé d’amateurs de Brive, Tulle, Limoges, jouera Les Carnets du sous-sol, atelier dirigé par Frédéric Noaille, acteur de la
troupe. Un autre groupe, de Bobigny, présentera Crime et Châtiment, atelier dirigé par Amandine Pudlo et Sylvain Sounier, actrice/teur de la troupe.
Ce sera autour du 26 octobre 2019 à Tulle.

Banquet Capital, mai 2020
C’est une pièce que nous aimons beaucoup, à laquelle nous avons beaucoup travaillé depuis 2014, qui n’a rien perdu de sa puissante architecture d’échos avec les temps qui courent : un moment de joie et de pensée, de rires, de colères. La pièce dure 1h35. Il y a treize acteurs. Ça défouraille plutôt. En réalité, cette pièce, nous pouvons la jouer tous les ans à l’empreinte. Quand vous l’aurez vue une fois, vous direz « Faut que j’en parle aux amis ». L’année suivante, vos amis viendront, etc. Cette pièce a l’étoffe des grandes aventures.

Salud !

Sylvain Creuzevault