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Simon Gosselin

Théâtre

Création

Les Frères Karamazov


Sylvain Creuzevault - Compagnie Le Singe

Après s’être laissé posséder par Les Démons, Sylvain Creuzevault cherchait une nouvelle tentation. C’est chose faite avec Les Frères Karamazov, qui ne sont ni plus ni moins qu’un piège.

 

Les Frères Karamazov est un monstre. Comme pour Les Démons et après Le Grand Inquisiteur créés en 2018 et en 2020, Sylvain Creuzevault taille dans ses 1300 pages les éléments d’une lecture inspirée de Heiner Müller et Jean Genet, selon qui l’ultime roman de Dostoïevski est avant tout "une farce, une bouffonnerie énorme et mesquine". Cet humour farcesque, déjà perceptible dans Les Démons, devient ici littéralement ravageur. "Qui crée veut la destruction", disait Müller : Creuzevault retrouve partout dans le roman ce mouvement paradoxal d’une écriture qui ne cesse de raturer ce qu’elle affirme.
Ainsi, après avoir annoncé le roman de formation d’un jeune saint en devenir, voilà que le narrateur se met à raconter l’histoire d’un crime fascinant. Lequel de ses fils a-t-il tué l’ignoble Fiodor Karamazov : Dimitri le sensuel, le coupable idéal, rival de son père en amour ? Ivan l’intellectuel, tourmenté par la question du mal radical, n’y est-il vraiment pour rien ? Et Aliocha  le vertueux, le naïf, n’aurait-il pas lui-même joué un rôle dans cette affaire, ne serait-ce que celui d’être resté aveugle ?
L’enquête trouble les certitudes, subvertit les causalités. Les actes, les motifs, les caractères s’ouvrent à toutes les contradictions. Le procès de Dimitri exhibe les ficelles de ce qu’on appelle "justice". Le cadavre d’un homme de Dieu, au lieu de dégager une odeur de sainteté, se met à puer. Dans ce «"jeu de massacre", note Genet, tandis que se défont la dignité, le sérieux tragiques, "il ne reste que de la charpie. L’allégresse commence"...