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L'Empreinte, scène nationale Brive-Tulle

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© Marian Andreani

Musique

Concert

Robi


En première partie de Bretrand Belin

Robi ressemble tout entière à sa musique, à moins que ce ne soit l’inverse. L’une et l’autre sont éprises de franchise et d’absolu, puisant leur force dans leurs contradictions intimes. Avec ce troisième album, Traverse, elle chante l’été en réponse à l’hiver d’autrefois, cherchant désormais moins le contraste et le tranchant que l’équilibre et l’harmonie.

 


Robi n’a jamais su faire semblant. Elle n’est pas de ces artistes qui se plient aux modes de l’instant mais de ceux qui suivent leur instinct profond, traquant sans relâche les vérités les plus nues. Habile à faire sonner les espaces entre les mots, elle scrute ses propres failles avec une lucidité implacable pour mieux parler aux nôtres. Préférant faire siens les moyens dont elle dispose plutôt que de se plier aux codes d’une industrie volontiers frileuse, elle s’inscrit dans une famille musicale où partage est le maître mot : qu’elle réalise des clips pour elle-même ou pour d’autres (Superbravo, Maud Lübeck, Maissiat), prête son tube « On ne meurt plus d’amour » à la revue du cabaret Madame Arthur ou fonde avec Emilie Marsh et Katel le label 100% féminin FRACA !!!.


Après un premier EP remarqué, L’hiver et la joie révèle en 2013 une artiste à la voix singulière, tour à tour animale et cérébrale, caressante et cinglante, en équilibre entre rock, chanson et cold wave, entre basses grondantes et claviers eighties. Ses morceaux prennent toute leur mesure sur scène où, comme happée par la transe, elle dégage un magnétisme et une intensité troublants, force et douceur mêlées jusqu’au vertige.

 

La presse s’enthousiasme aussitôt, cherchant des filiations du côté de Joy Division, Portishead, Bashung, Barbara ou encore Dominique A – lequel lui apporte très tôt son soutien en l’invitant à assurer ses premières parties, puis en lui prêtant sa voix pour chanter « Ma route » en duo. L’hiver et la joie remporte en 2014 le prix Georges-Moustaki couronnant un premier album indépendant . L’année suivante, La Cavale surprend par son choix radical de tourner le dos à une formule familière (textes scandés, motifs répétés) pour s’aventurer sur d’autres terres musicales : impact mois frontal, écriture plus ample, constructions plus complexes mettant en relief un chant de plus en plus affirmé. Un album salué comme plus abouti et personnel encore que son prédécesseur.

 

Pour signer ce troisième album attendu, Robi a pris le temps. Celui de chercher sans se précipiter, de questionner pour mieux créer, d’attendre de se reconnecter à sa plus profonde nécessité. Traverse témoigne aujourd’hui d’un chemin. Si l’on retrouve intactes les obsessions de toujours (le passage du temps, la mort inéluctable, la solitude inhérente à l’être humain) et la densité de son écriture poétique, quelque chose a changé. La noirceur inquiète cède ici la place à une lumière nouvelle. Une forme d’acceptation : l’apaisement de ceux qui ont douté, tâtonné, scruté les gouffres et frôlé les abîmes pour commencer enfin à se trouver. Une manière de victoire sur les manques, les angoisses, la dureté de l’existence. La mort nous attend au bout du parcours, mais il y a tant de choses à goûter dans l’intervalle : l’éblouissement d’une vague et le plaisir des ses (« C’est dire le bonheur »), l’âge accueilli comme un cadeau précieux à l’approche de la quarantaine (« La bienvenue »). Et quand Robi s’adresse à ses deux enfants pour leur confier les âpres vérités de ce monde, c’est avec une infinie bienveillance (« Le soleil hélas »). Même quand les sujets sont graves, elle les regarde enfin sans peur.

 

Épaulée par Auden qui l’aide à donner corps à ces dix morceaux, elle poursuit sa quête de l’émotion la plus vraie, du mot le plus juste et de la mélodie la plus immédiate, parant sa musique d’une gamme de couleurs nouvelles, de la légèreté sautillante d’une comptine macabre (« La belle ronde ») à l’émotion d’une poignante confession (« Ma déconvenue »). La mer, le soleil, le voyage s’invitent et imprègnent les textures électros, puisant dans la terre et l’eau d’une enfance et d’une adolescence vécues entre Afrique, Calédonie et Réunion : sonorités fluides et aquatiques, rythmiques évoquant le battement étouffé d’un coeur plus serein ou de sa petite musique première. Ce périple comme chemin vers soi et vers l’autre. D’autres collaborateurs viennent d’ailleurs lui donner la main : Katel qui réalise « Impatience et paresse », Valentin Durup et Hervé qui arrangent respectivement « Chambre d’embarquement »
et « Traverse », lui même co-écrit avec Mélanie Isaac.


Robi nous offre avec cet album accueillant et solaire une forme de memento mori qui semble nous dire : buvons, dansons à chaque seconde que la mort n’aura pas. Avec Traverse, sa musique reflète plus que jamais la femme, la mère, l’artiste qu’elle est aujourd’hui, engagée sur un chemin qui s’affirme, d’album en album, n’être résolument que le sien. L’élégance.