Conférence
Rencontre
Les Tribunes - Saison 8
Sortir de l'impuissance, Où serons-nous tous·tes ? Rencontres-débats imaginées par Barbara Métais-Chastanier
Sortir de l’impuissance : c’est l’une des fonctions de ces tribunes : se faire chambre d’écho, caisse de résonnance, participer à des recompositions collectives pour dégager d’autres assemblages. C’est ce que nous ferons ensemble avec nos invité·es au cours de ce huitième cycle
En 1978, dans Where will you be? [1], Pat Parker, poétesse lesbienne afro-américaine et militante du Black Panther Party, décrivait la montée progressive du fascisme. Elle faisait alors le portrait de ce retour imperceptible, rapide et silencieux, sous les habits de la respectabilité bourgeoise. « Où seras-tu / où serons-nous tous / quand ils viendront ? », c’est ce que scande le poème, c’est aussi la question que nous adresse ce présent où impérialisme et fascisme avancent, main dans la main, au service du capital.
Voilà qui sera donc un cap et une méthode pour ce 8e cycle de tribune : une interpellation et une lunette, prenant en coupe le monde contemporain, pour y trouver des appuis. On s’en souvient : on trouva plus de résistant·es et de légendes quand vint l’heure des cartes de « combattant volontaire dans la Résistance » qu’à l’heure où il fallut s’organiser dans les maquis. Qu’en est-il aujourd’hui, alors que la solution historique du branchement du capitalisme sur le fascisme remonte en flèche ? Qu’en est-il alors que l’horreur du génocide à Gaza n’a égal que l’ampleur des complicités qui le fonde et l’immobilisme qui les perpétue ? Qu’en est-il alors que se précipite le devenir de nos États dans des structures de gouvernance de plus en plus répressives et impérialistes ? Tableau désespérant – peut-être. Mais Audre Lorde le rappelait avec force : « Le silence ne nous protègera pas. » La parole peut-être pas plus, surtout si l’on s’en tient à elle seule.
On le sait : le temps des tribunes déploie le temps long, mais il peut participer à réunir des pensées au travail, à proposer des espaces en prise, indirecte peut-être, avec la stratégie mais qui structurent des orientations profondes qui font cap. Sortir de l’impuissance alors : il n’y a que le développement personnel pour nous faire croire qu’on le fera seul et sans praxis, c’est-à-dire sans une tension renouvelée entre nos pratiques et ce qui les pense. C’est l’une des fonctions de ces tribunes : se faire chambre d’écho, caisse de résonnance, participer à des recompositions collectives pour dégager d’autres agencements. C’est ce que nous ferons ensemble avec nos invité·es.
[1] Pat Parker, Movement in black, New York, Firebrand Books, 1989, pp. 74-78.
Barbara Métais-Chastanier, aout 2025